Tout l’été, DADA vous propose un panorama des livres d’art pour la jeunesse. À travers des portraits d’auteurs et d’éditeurs, découvrez ceux qui oeuvrent pour vous ouvrir grand les yeux sur les merveilles de l’art. Cette semaine : Séverine Cuzin-Schulte, directrice éditoriale chez Artlys
Une collection de mini-dictionnaires pour découvrir l’histoire et le patrimoine.
Comment est née votre collection de livres d’art ?
Au départ, nous sommes plutôt un éditeur de guides de musées et de monuments, nous réalisons des guides pour Versailles, Fontainebleau, Orsay, le Louvre... Nous sommes identifiés comme un éditeur patrimonial. Je suis arrivée il y a un an et j’ai eu envie de rompre avec ce côté très classique, de renouveler l’image de la maison. Mais comment traiter l’histoire et le patrimoine auprès des enfants ? Pour répondre à cette question, nous avons créé cette petite galerie de portraits qui se décline en deux livres : un pour les filles et un pour les garçons. C’est comme ça que sont nés Royal Bazar’t et Princesses Bazar’t.
Qu’est-ce qui distingue votre approche ?
Nous avons pris le parti de créer un dictionnaire des personnages célèbres. Rois et chevaliers pour les garçons, reines et princesses pour les filles. Les portraits de ces personnages célèbres sont classés par ordre alphabétique. D’Alexandre à Toutankhamon, et d’Adelaïde à Zénaïde Bonaparte. L’idée était aussi de montrer des personnages un peu moins connus. Parfois, lorsqu’on a trouvé que le tableau était beau et qu’il y avait une histoire à raconter, on a sélectionné le personnage. On a limité les périodes historiques de l’Antiquité à Napoléon.
Quels sont vos partis pris ?
Chaque personnalité historique est illustrée par sa représentation la plus célèbre, la plus belle ou la plus impressionnante dans l’art. L’idée est que chacun raconte son histoire à la première personne en partant de ce qui se passe dans le tableau. Nous traitons la grande Histoire comme une petite histoire vraiment très personnelle. Chacun raconte ses exploits, ses rêves ou ses caprices. On a aussi la volonté d’initier à l’histoire de l’art en montrant des représentations emblématiques de l’époque du personnage en question. Même si ce n’est pas toujours le cas, c’est toujours expliqué dans le texte. En définitive, ce sont des petits dictionnaires d’histoire et d’histoire de l’art que l’on a agrémenté de petites bulles BD pour casser le côté trop sérieux.
À quel public vous adressez-vous ?
Ces ouvrages s’adressent aux enfants d’une dizaine d’années, qui commencent à vraiment s’intéresser à l’histoire et à faire des exposés, mais qui sont trop petits pour se plonger dans des livres d’histoire plus compliqués.
Et vous enfant, vous aimiez l’art ?
J’ai grandi à Lyon, mes parents étaient passionnés d’art et j’allais souvent au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Les tableaux que j’aimais étaient très éthérés, j’avais une fascination pour les tableaux préraphaélites. J’avais aussi des disques qui racontait des histoires de peintres. Je me souviens aussi très bien du premier livre d’art pour enfants que j’ai acheté en tant qu’adulte, alors que je n’avais pas encore d’enfant : Le Petit Musée, de Solotareff. Je pense que c’est de là que me vient mon goût pour le format carré.
Comment choisissez-vous les sujets de vos livres ?
Au départ, j’avais très envie de faire un livre spécialement pour les filles et de faire le même spécialement pour les garçons. Car il y a beaucoup de livres pour filles qui sont un peu niais et qui racontent l’histoire de princesses qui n’ont jamais existé. Alors que les princesses, ça existe ! C’est une façon de faire entrer les enfants dans l’histoire et le patrimoine. Et puis, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons de faire un ouvrage seulement pour les filles. Pas de jaloux ! Pour les garçons, on parle de rois et de chevaliers. Cependant, on constate que celui pour les filles a plus de succés.
Selon vous, qu'est-ce qu'écrire pour les enfants ? Comment capter leur attention ?
Ça, c’est le travail de l’auteur, Françoise de Guibert, que j’ai rencontré chez Larousse et qui a écrit beaucoup de livres dans la collection des « Petites Encyclopédies Larousse ». Ce que j’aime chez elle, c’est le talent qu’elle a pour se mettre à la portée des enfants. On a travaillé ensemble sur les listes iconographiques et sur le choix des images. Parfois, j’aurai choisi quelque chose de plus ancré dans l’histoire de l’art mais elle m’aiguillait selon son inspiration d’auteur, trouvant telle ou telle œuvre plus drôle ou plus pittoresque. C’est elle qui a proposé de faire parler les personnages à la première personne. Son style est plutôt amusant et très accessible. On capte l’attention des enfants en les interpellant et en posant ces personnages historiques comme les protagonistes d’une histoire imaginaire. Pour la plupart, ces personnages sont déjà dans l’imaginaire collectif : Toutankhamon, Napoléon... Il faut que cela fasse écho chez les enfants. C’est cela qui rend le mythe vivant et accessible.
Pourquoi ce format et cette maquette ?
La maquette a été conçue par Cédric Ramadier, qui a longtemps travaillé chez Albin Michel jeunesse et aussi chez Larousse. Il est également auteur jeunesse et fait des choses très amusantes. Le format est petit car nous avons conçu les deux livres comme un ensemble. Si l’on a une fille et un garçon, et que l’on veut leur offrir les deux, il ne faut pas qu’ils soient trop imposants ensembles. Et puis, s’ils avaient été plus grands, cela aurait trop ressemblé à un album alors que se sont des mini-dictionnaires.
À la fin de chacun, nous avons établi un petite chronologie qui regroupe tous les personnages ainsi que des légendes avec le lieu de conservation des oeuvres. J’aime bien l’idée de la « galerie de portrait », c’est pourquoi on a une page de texte et en face un page d’illustration. Mais on a eu envie de créer des coupures. Alors, ces portraits sont entrecoupés, de temps en temps, de thématiques : par exemple, « le bal », « le mariage » ou « la bataille ». Pour certains personnages historiques représentés de multiples fois, comme Henri IV, on a décidé de leur dédier deux doubles pages afin de montrer différentes facettes de leur personnalité à travers plusieurs portraits.
Avez-vous des retours de la part des enfants ?
Oui, j’ai eu des retours de la part de ma fille ! Cela m’a fait très plaisir car elle s’en est servi pour préparer un exposé sur la Renaissance. Elle a pu y trouver Laurent de Médicis et François 1er. J’ai aussi eu un retour d’une libraire de mon quartier à qui ces ouvrages ont beaucoup plu.
Avez-vous des titres en cours de préparation ?
La collection est toute jeune, elle a débuté cette année au printemps et compte seulement deux titres. Mais nous projettons de publier, en 2013, un titre sur la mythologie et un autre sur les animaux. On a eu beaucoup d’autres idées car c’est un principe qui peut se décliner assez facilement.
Merci Séverine. Une dernière question : pouvez-vous nous conseiller une expo que vous avez vu en famille dernièrement ?
Aux amateurs de rois et de princesses, je peux conseiller d’aller faire un tour à Versailles. On peut aussi toujours inciter les familles à aller voir le nouvel accrochage du Musée d’Orsay, car je le trouve vraiment réussi. Dans un autre genre, la Triennale au Palais de Tokyo est géniale pour les enfants. Bon, elle est énorme, mais on n’est pas obligé de tout voir ! Le mieux, c’est encore l’exposition Tim Burton à la Cinémathèque, mes enfants ont vraiment adoré.