10 sorcières célèbres des petits et grands écrans, et ce qu’elles nous disent de la société

Les sorcières ont mauvaise réputation ? Si c’était vrai depuis quelques siècles, les dernières décennies ont vu leur image se redorer, notamment grâce aux icônes de la pop culture, du cinéma et de la télévision. De la marâtre maléfique de Blanche Neige à la puissante Scarlet Witch, en passant par les magiciennes bienfaitrices des séries de la fin des années 1990, découvrez ce que l’évolution de la figure de la sorcière dit aussi de notre société, et de la perception de la femme. 

La belle-mère dans Blanche-Neige

Voilà l’archétype de la sorcière entretenu depuis la fin du Moyen Âge : une femme fatale, qui se sert de son pouvoir comme outil de séduction, et cache ainsi sa véritable apparence perfide. La belle-mère de Blanche-Neige, qui n’a même pas de nom propre, n’existe que dans son antagonisme à l’innocence incarnée par sa belle-fille. À la jeunesse s’oppose la vieillesse. À la beauté, la laideur. À l’altruisme, un égoïsme sans bornes.

Dans cette première adaptation du conte des frères Grimm, signée par les tous jeunes studios Walt Disney en 1937, cette sorcière est ainsi la vilaine par excellence ! Mais derrière ses actions se cache un détail peu exploré : son indépendance des hommes. Une autonomie qui effrayait déjà les autorités responsables de la chasse aux sorcières à partir du XVIe siècle, et qui, dans une société encore extrêmement conformiste au début du XXe siècle, inquiète toujours. D’ailleurs, la gentille Blanche-Neige n’est-elle pas également la parfaite femme au foyer pour les sept nains ?

Explorée depuis dans plusieurs adaptations, notamment la série Once Upon a Time (2011-2018) et le film Blanche-Neige et le chasseur (2012), la marâtre jalouse a finalement trouvé un peu d’épaisseur, devenant même parfois un personnage attachant malgré son immuable statut de « méchante ». Preuve que l’on cherche aujourd’hui à comprendre les mécanismes d’une personne avant de la juger.

La méchante sorcière de l’Ouest dans La Magicien d’Oz

Voilà encore un personnage sans véritable nom, mais dont la résolution principale est de s’en prendre à l’héroïne, Dorothy. Cette vilaine sorcière – tant physiquement que dans sa personnalité – apparaît pour la première fois sur grand écran dans Le Magicien d’Oz, en 1939, d’après le roman éponyme de L. Frank Baum. Une âme mauvaise jusqu’à la moelle, qui se reflète dans son apparence : un nez crochu, un visage poilu et des ongles-griffes. Une mise en scène qui n’est pas sans rappeler les terribles théories physionomistes du XIXe siècle, qui ont par exemple aussi donné lieu aux caricatures sur les Juifs dans l’Europe nazie.

Ce rôle, interprété par l’actrice Margaret Hamilton, a d’ailleurs bien négativement impacté son image. Son portait si effrayant de la sorcière lui colle tant à la peau, qu’elle se voit obligée de montrer aux enfants qu’il ne s’agissait que d’un déguisement, dans un programme télévisé américain (Sesame street) 30 ans plus tard ! 

En 1996, le romancier Gregory Maguire prend le contrepied de l’histoire originale en se basant justement sur le point de vue de la sorcière. On y découvre que sa peau verte fut la cible de moqueries et stigmatisations depuis son enfance, et que son image de « vilaine » n’est qu’une construction de l’État. Cette œuvre, Wicked, devient une comédie musicale à succès, adaptée en film en 2024. La sorcière y gagne un nom, Elphaba, et surtout un engagement social et politique…

Samantha dans Ma sorcière bien-aimée

Dans les années 1960, les femmes s’émancipent, et les sorcières aussi… de leur image négative ! Enfin presque. Dans cette série, Samantha, qui a déjà plusieurs siècles, mais qui reste jeune en âge de sorcière, se marie à un mortel. Elle lui promet de ne pas pratiquer sa magie, et de devenir la parfaite petite ménagère. Ce qui déplaît à sa famille, et à raison. Être acceptée par la société (des hommes) signifierait donc se conformer à son image (de la femme) ?

Malgré ce message de fond discutable, cette sitcom, initialement diffusée de 1964 à 1972, a un format humoristique. Samantha continue bien à lancer des sorts, mais principalement pour défaire ceux de ses proches qui tentent de mettre des bâtons dans les roues de son couple. Son petit mouvement de nez est ainsi devenu culte, faisant de la magie une activité quasi-adorable. Quand elle est pratiquée par de jolies jeunes femmes, évidemment !

Une série qui a en tout cas marqué les esprits, et l’histoire des sorcières télévisées, avec de nombreux hommages dans d’autres univers, comme celui de Sabrina, l’apprentie sorcière ou de Scarlet Witch dans WandaVision (2021)

Sabrina, l’apprentie sorcière

Sabrina a presque le même nom que la sorcière bien-aimée, et comme elle, elle est jeune, blonde et jolie. Et si elle vit aussi une épique histoire d’amour avec un mortel, ce n’est pas ce qui la définit ! Adolescente, elle se cherche encore, tant dans ses pouvoirs que dans ses relations amicales – avec humains et magiciens – et amoureuses.

Un tantinet rebelle, elle s’amuse régulièrement à désobéir à ses tantes (deux sorcières âgées de plusieurs siècles et qui l’élèvent suite à la disparition de ses parents) et à lancer des sortilèges à son entourage, encouragée par son chat noir Salem, doué de parole. Il faut dire qu’elle a découvert son identité magique tout récemment… Un univers merveilleux, loufoque et parfois inquiétant s’ouvre soudainement à elle. De vous à moi, n’auriez-vous pas également été tenté par quelques friponneries ?

Cette sitcom, adaptée d’une bande dessinée et diffusée à partir de 1996, marque le véritable début de la popularité des sorcières. Dans l’imaginaire collectif, elles sont désormais majoritairement gentilles et jolies. L’exact opposé de leur réputation d’antan ! (On pensera, dans la même veine, à Kiki la petite sorcière, le film de Hayao Miyazaki, sorti 7 ans plus tôt.)

En 2018, Les Nouvelles Aventures de Sabrina reprennent l’histoire avec une identité plus sombre, des personnages LGBT+ et un fort message féministe, plus en phase avec la nouvelle génération.

Lire aussi notre article : l’exposition « Sorcières (1860-1920) : fantasmes, savoirs, liberté » du musée de Pont-Aven

Willow Rosenberg dans Buffy contre les vampires

S’il y a bien une sorcière dévouée, c’est Willow Rosenberg, la meilleure amie de l’héroïne de la série culte diffusée de 1997 à 2003. Personnage support à la première saison, présentée comme une « première de la classe » un peu trop docile, elle va peu à peu développer ses pouvoirs au fil des épisodes. Jusqu’à devenir une sorcière surpuissante, et finalement… effrayante !

Ce bouillon de magie qui s’accumule en elle l’amène à des comportements de plus en plus dangereux. Sa relation au mystique devient même une véritable drogue. Et dans un moment de grande détresse psychologique, la magie noire finit par prendre le dessus et la transforme en antagoniste. Son visage se couvre de veines noires, elle n’hésite pas à torturer et tuer, et cherche même à mettre fin au monde…

Le développement de Willow est une exploration complète de tous les aspects de la magie, au sein d’un seul personnage : séduisante, merveilleuse, tentatrice et parfois corruptrice. L’image de la jeune et jolie sorcière qui ne veut faire que le bien est ici déconstruite, pour mieux ancrer la sorcellerie dans l’humanité, avec ses bons et ses mauvais côtés.

Les sœurs Halliwell dans Charmed

« Le pouvoir des trois nous libérera ! » Encore trop sobrement abordé dans les médias jusqu’alors, voilà que la série Charmed, à partir de 1998, met définitivement en avant un aspect central de la sorcellerie : la sororité. Ces trois sœurs, réunies dans la maison familiale suite au décès de leur grand-mère, se découvrent un héritage magique vertigineux. Non seulement sont-elles des sorcières, mais leur lien de sang et le fait qu’elles soient trois, une prophétie ancienne, en font les plus puissantes de leur univers et les plus à-même de combattre les forces du mal.

La série, d’anthologie pour de nombreux fans, réussit à mêler plusieurs codes liés à l’image des sorcières pour un cocktail glamour digne de la fin des années 1990, à la mode Beverly Hills (dans lequel une des actrices jouait, justement). Jeunes et jolies ? Check. Séductrices ? Check. Puissantes ? Check. Bienfaitrices ? Check.

Si on peut penser qu’elles incarnent chacune un archétype médiatique féminin (la rebelle Phoebe, la maternelle Piper, et l’émancipée Prue), ce sont les relations entre elles qui les font véritablement grandir, évoluer, et nuancer leur personnalité. Des femmes unies peuvent tout accomplir !

Karaba dans Kirikou et la sorcière

Voilà une femme en colère… Karaba aurait pu incarner un archétype raciste de la femme noire. Mais dans ce conte africain magistralement porté sur écran par Michel Ocelot en 1998, la sorcière incarne plutôt une histoire universelle. Celle de la victime devenue bourreau, celle d’une femme qui nourrit une haine légitime envers ceux qui lui ont fait tant de mal.

Désormais effrayante, avec ses yeux rouges et ses fétiches aux allures monstrueuses, on lui prête tous les maux du village. C’est le personnage principal de l’histoire, un petit garçon nommé Kirikou, qui va s’atteler à déconstruire son image négative, en trouvant à chaque fois la véritable source du problème rencontré. Jusqu’à découvrir pourquoi Karaba est méchante, et la libérer de son tourment.

Contrairement à l’histoire du Magicien d’Oz, où l’héroïne tue la méchante sorcière sans chercher à comprendre la raison de ses agissements, la morale de ce film appelle à creuser plus profond, à aller au-delà des apparences, et prône l’entente harmonieuse entre hommes et femmes.

Hermione Granger dans Harry Potter

Hermione Granger incarne la sorcière que toutes les petites filles ont un jour rêvé d’être. Issue d’une famille complètement humaine, elle découvre ses pouvoirs magiques au moment de son admission à l’école de magie qu’est Poudlard. Mais ce statut particulier est aussi la source de sa stigmatisation. Nommée « sang-de-bourbe » par des sorciers de « sang pur », elle devient la cible de discriminations et brimades répétées.

D’un tempérament résolu, fier et engagé, la jeune sorcière ne se laisse pas faire et montre à tous à quel point ses qualités, acquises et pas innées, la rendent exceptionnelle. Dès sa première apparition au cinéma dans Harry Potter à l’école des sorciers en 2001, sous les traits d’Emma Watson, elle prône un usage intelligent de la magie. Son passe-temps préféré ? Lire les plus gros ouvrages que renferme la bibliothèque. La cause qui lui tient le plus à cœur ? Libérer les elfes de maison – des sortes d’esclaves fantastiques – du joug des humains. Sa plus grande peur ? Être renvoyée de l’école !

À elle seule, Hermione Granger cristallise les ambitions de nombreuses jeunes filles, cherchant à s’élever dans la société par les études, et prendre la place qu’elles méritent dans un monde jusqu’alors réservé aux hommes.

Marie Laveau dans American Horror Story

Grande prêtresse vaudou, Marie Laveau apparaît pour la première fois sur petit écran en 2013 dans American Horror Story : Coven. Seul personnage de cet article à avoir véritablement existé (1801-1881), cette ancienne esclave basée en Louisiane incarne une forme militante de la magie.

Sa religion, métissage culturel entre les mythologies africaines et européennes et développée dans les colonies, prône une des sorcelleries à la plus mauvaise réputation (celle, par exemple, à l’origine des zombies). Mais Marie Laveau l’utilise pour protéger les siens de l’oppression raciste. Sortilèges, malédictions, philtres d’amour et autres potions : tous les moyens sont bons pour élever les membres de sa communauté, ou les sortir de situations difficiles.

Dans American Horror Story, le personnage est même encore en vie près de 150 ans après la date enregistrée de sa mort, préservée par sa puissante magie. Et elle se fait l’ennemie jurée d’une autre sorcière aux agissements terribles, Madame Lalaurie, inspirée d’une personne réelle dont le passe-temps était de torturer et assassiner ses esclaves.

Scarlet Witch ou la Sorcière rouge dans le Marvel cinematic universe (MCU)

Dans l’univers Marvel, qui fait naître le personnage de Wanda Maximov en bande dessinée en 1964, magie, fantastique et science-fiction sont entremêlés. Scarlet Witch n’est pas tant une sorcière qu’une mutante aux pouvoirs extraordinaires. Dans sa version sur grand écran, sur lequel elle apparaît en 2015 dans Avengers : L’ère d’Ultron, c’est notamment grâce à une des pierres de l’infini, un caillou rempli de force galactique, qu’elle gagne une puissance démesurée.

D’abord antagoniste, car élevée par une organisation terroriste, elle devient, au fil des rencontres avec les héros principaux, une des héroïnes. C’est même en majeure partie à elle que l’on doit la victoire finale contre le grand méchant de la franchise, Thanos.

Malgré ses faits d’armes exceptionnels, et à l’image d’autres sorcières avant elle (comme Willow Rosenberg), ses immenses pouvoirs vont la mener à sa perte. Rongée par le chagrin suite au décès de son compagnon, elle prend possession d’une ville entière, ensorcelant tous les habitants pour les maintenir dans l’illusion qu’elle y crée. Elle finit même par voyager de dimension en dimension, semant la mort sur son passage. Ainsi, Scarlet Witch, par sa concentration de puissance, incarne une force insaisissable et dangereuse. L’univers Marvel étant parallèle au monde réel, on pourra facilement y lire une analogie à la concentration des pouvoirs politiques, et les conséquences dévastatrices que cela peut avoir.

Saviez-vous que les sorcières ont aussi une forte histoire en littérature et dans les arts graphiques ? Découvrez tout cela et encore plus dans l’exposition « Sorcières (1860-1920) : fantasmes, savoirs, liberté » du musée de Pont-Aven, et dans notre revue dédiée.


Vous souhaitez en savoir plus sur les sorcières dans l’art ?

Écrit par Pauline ILLA - Voir tous ses articles