Tout Claude Monet en une oeuvre

Les Nymphéas, un chef-d’œuvre impressionniste

Claude Monet est l’un des chefs de file de l’impressionnisme. Contrairement à ses camarades Degas, Manet ou Renoir qui privilégient les portraits, Monet préfère les paysages : Impression soleil levant, La Promenade, Les Coquelicots

Grand jardinier, il aménage même un étang dans sa maison de Giverny pour servir de modèle à ses peintures. De là naissent ses fameux tableaux de la série des Nymphéas. C’est une œuvre hors norme : près de 30 années de travail, plus de 250 versions différentes, et même un musée rien que pour elles !

Claude Monet, Les Nymphéas : Soleil couchant
Claude Monet, Les Nymphéas : Soleil couchant, 1914-1926. Huile sur toile, 200 x 600 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © RMN (musée de l’Orangerie) / Photo : Hervé Lewandowski

Le projet d’une vie

Dès la fin des années 1890, Monet envisage de peindre un vaste ensemble inspiré de son jardin à Giverny. Mais comme il le dit lui-même, il a parfois besoin de temps pour réussir à peindre certaines de ses plantes : « J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas. Un paysage ne vous imprègne pas en un jour. Et puis, tout à coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. »

Cela devient une obsession : il réalise des dizaines, des centaines de toiles, détruit celles qui ne lui conviennent pas, recommence… En 1914, il fait même construire un vaste atelier à côté de l’étang, pour pouvoir y peindre des versions grand format, de plusieurs mètres de long !

Monet souhaite que ces tableaux soient exposés ensemble. Il réfléchit longuement à la manière de les installer, et en offre finalement une série à l’État, en 1922. Grâce au soutien du Premier ministre Clemenceau, elles seront installées au musée de l’Orangerie à Paris, où l’on peut toujours les observer dans les conditions voulues par l’artiste.

Les Nymphras de Claude Monet au musée de L'orangerie
Vue de la salle 2 des Nymphéas, Paris, musée de l’Orangerie. © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado

Une plongée dans le bassin de Claude Monet

L’effet est réussi : on n’entre pas dans ce musée, on y plonge ! Monet a fait disposer ses grands panneaux dans deux salles ovales, accrochés à hauteur de nos yeux. L’univers aquatique nous encercle donc de toutes parts. On marche le long de l’étang sans lever ni baisser les yeux. Bref, on est dans l’œuvre !

Que voit-on ? Monet a peint l’évolution de son étang en fonction de la lumière et des moments de la journée, un peu comme il l’avait fait avec sa série des parlements ou des cathédrales. Sur le premier panneau, la chaude lumière du soleil couchant fait rougeoyer le jardin d’eau. On continue, et c’est le matin : l’étang est calme et immobile. Puis des nuages passent et se reflètent dans l’eau. Un peu plus loin, la surface prend des reflets verts… Rien n’arrête notre regard, notre promenade est aussi fluide que l’eau du bassin ! Monet a bien réussi à nous immerger dans son jardin.

Claude Monet, Les Nymphéas : Matin
Claude Monet, Les Nymphéas : Matin, 1914-1926. Huile sur toile, 200 x 1275 cm, deux panneaux de 200 x 212,5 cm et deux de 200 x 425 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado

Vous avez dit « nymphéas » ?

En regardant ces Nymphéas d’un peu plus près, on voit que Monet a superposé les couleurs, créé des effets de transparence et de nombreux reflets. Cela est typique des toiles, de plus en plus floues, qu’il peint alors depuis quelques années. Les couleurs dominantes ici ? Des bleus violets et des verts, ponctués par les tons plus vifs des fleurs. Celles des nénuphars sont le plus souvent blanches ou rouges.

Mais pourquoi le peintre a-t-il choisi ce nom savant, nymphéas ? Sans doute parce qu’à l’époque, dans la poésie romantique notamment, le terme nénuphar avait une connotation négative, associée à la mort. Or pour Monet, son jardin est un ravissement, alors pas question d’être morbide ! Et puis les nymphéas, cela fait écho aux nymphes, ces déesses d’une grande beauté qui personnifiaient les forces de la nature dans la mythologie grecque. C’est plus poétique.

Claude Monet, Les Nymphéas : Les Nuages
Claude Monet, Les Nymphéas : Les Nuages, 1914-1926. Huile sur toile, 200 x 1275 cm, trois panneaux de 200 x 425 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado

Une œuvre impressionniste où tout se mélange

Monet peignait parfois dans sa barque, au fil de l’eau. Son ami Georges Clemenceau avait une jolie formule : Monet regarde le ciel dans l’eau de son jardin ! Voilà pourquoi ces grands paysages sont si magiques. Monet les appelle d’ailleurs ses « miroirs d’eau ». Parfois, on ne sait pas très bien ce que l’on voit. Ce bleu-là, est-ce la surface de l’eau ? Ou le fond de l’étang ? Ou alors le ciel qui se reflète ?

Dans ses œuvres antérieures, le peintre prenait déjà des libertés avec les règles classiques de la perspective. Avec Les Nymphéas, il va plus loin : il n’y a plus de profondeur dans ses toiles. Regardez : tous les éléments sont placés sur un même plan. Même les fleurs de nymphéas sont de tailles assez semblables, de façon à éviter toute impression d’éloignement. Ni ciel, ni berge pour nous donner des repères dans l’espace. On a vu que la peinture de Monet était de plus en plus abstraite ; cela devient évident avec Les Nymphéas.

Sur quelques panneaux tout de même, les troncs et les branches des arbres qui bordent l’étang nous en rappellent les limites. Mais sur d’autres, le paysage devient si abstrait que si l’on retournait le tableau, ce serait tout aussi beau! Car dans ses Nymphéas, Monet ne raconte pas d’histoire. Il nous propose des sensations. En contemplant cet univers où s’entremêlent le ciel, l’eau et les plantes, il ne nous reste en effet qu’à lâcher prise… et se laisser flotter !

Claude Monet, Les Nymphéas : Reflets verts
Claude Monet, Les Nymphéas : Reflet verts, 1914-1926. Huile sur toile, 200 x 850 cm, deux panneaux de 200 x 425 cm. Paris, musée de l’Orangerie. © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado

Alexandra Favre


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