Tout Gustav Klimt en une oeuvre

Le Baiser de Gustav Klimt, entre symbolisme et Art nouveau

Gustav Klimt est l’un des plus célèbres peintres autrichiens, au même titre qu’Egon Schiele dont il a été le maître. En 1897, il fonde le groupe de la « Sécession » avec d’autres artistes afin de moderniser l’art viennois et d’introduire le beau dans la vie de tous les jours. L’œuvre de Klimt est également typique du symbolisme, un courant qui tourne le dos au réel pour privilégier le rêve, la sensibilité et les sujets allégoriques.

Dans le baiser le plus célèbre de l’histoire de l’art, Gustav Klimt croise ces différentes influences et ses thématiques préférées : les femmes, l’or, les fleurs et les symboles. Focus sur un chef-d’œuvre.

Gustav Klimt, Le Baiser (1911)
Gustav Klimt, Le Baiser, 1911. Feuille d’or, couleur dorée, poudre d’or, argent, platine, plomb, peinture à l’huile, sur toile recouverte de zinc blanc, 180 x 180 cm. Vienne, Österreichische Galerie Belvedere. 912 © Photo : 2017 Österreichische Galerie Belvedere, Wien.

Le portrait d’une femme

S’il y a un sujet qui revient en permanence chez Gustav Klimt, ce sont les femmes. Antiques ou modernes, touchantes, sensuelles, mais aussi froides ou inquiétantes… Celle qui a sans doute le plus marqué les esprits, c’est cette femme amoureuse. Dans Le Baiser, on voit un couple enlacé. Au centre d’un carré parfait, une femme agenouillée est tendrement étreinte par un homme, qui tient son visage entre ses mains.

Les yeux clos, elle reçoit le tendre baiser qu’il dépose sur sa joue. Il nous tourne la tête, et son corps se perd sous son lourd manteau. Le visage de la femme est le seul visible. Klimt traite avec précision le rose de ses joues et de ses lèvres, la cambrure de ses pieds, la sérénité de son visage. En revanche, comme souvent chez lui, si le corps s’avère réaliste, le décor l’est beaucoup moins.

Les multiples influences de Gustav Klimt

Le peintre autrichien aime les métaux précieux, les peintures qui brillent et les fonds d’or, que l’on retrouve dans la plupart de ses œuvres très décoratives après 1900. Il reprend ainsi les codes de la mosaïque byzantine et la peinture médiévale. Deux techniques traditionnelles certes, mais dont il fait un usage tout à fait moderne.

Pas de sujet religieux ici ! C’est un baiser très humain, mais que l’artiste élève au rang d’icône : un baiser intemporel, qui symbolise l’Amour avec un grand A, l’amour éternel. La couleur, Klimt l’introduit grâce au tapis de fleurs au premier plan, qui au Moyen Âge évoque le paradis.

En revanche ici, les plantes sont méconnaissables, presque abstraites. Idem pour l’homme : sa couronne de lierre a un air antique, mais les motifs qui ornent son manteau sont très géométriques. Quant à la perspective, elle est absente de l’œuvre, comme dans une mosaïque ou une estampe japonaise – autre modèle qui a inspiré l’art de Klimt.

Art nouveau et motifs décoratifs

Cette multitude de fleurs dispersées sur toute la toile, jusque dans les cheveux de la jeune femme, c’est une ode à la nature. Cela ne vous rappelle rien ? Les motifs végétaux sont typiques de l’Art nouveau, un courant international qui parcourt l’art de la fin du XIXème siècle et ambitionne de mélanger artisanat et beaux arts, comme dans le tableau L’Arbre de vie de Klimt. Le peintre demandera d’ailleurs à un autre artiste de transposer son célèbre baiser en mosaïque, une technique artisanale.

Dans l’une comme dans l’autre version, le mystère plane sur l’identité du couple. S’agit-il de l’artiste et de sa compagne, Émilie Flöge ? Ou alors d’une allégorie de l’amour ? Mais un simple baiser suffit-il à résumer l’amour? Le spectateur s’interroge, mais n’a aucune certitude. Derrière leur côté extrêmement décoratif, les œuvres de Klimt le symboliste donnent matière à réflexion. Elles ravissent les yeux… mais aussi l’esprit.

Émilie Martin-Neute

couverture de la revue DADA Klimt


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