Tout Paul Klee en une oeuvre

Ad Parnassum, un tableau mystérieux aux multiples interprétations

Paul Klee rencontre Robert Delaunay en 1912, qui l’initie à l’art abstrait et à l’utilisation de couleurs vives. Il fréquente également Vassily Kandinsky, qu’il retrouve à partir de 1920 au Bauhaus où ils sont tous deux enseignants. Son art se nourrit d’influences variées, donnant naissance à des œuvres aussi diverses que La Machine à gazouiller, Magie des poissons, Château et soleil

En 1932, Paul Klee peint Ad Parnassum. Cette œuvre retranscrit bien l’ensemble des influences qui ont bercé le peintre. Elle est aussi très mystérieuse, tout comme son titre. S’agit-il d’une pyramide, d’un toit ou d’une montagne? À moins qu’elle ne soit la synthèse de tout cela… et un peu plus encore.

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Paul Klee, Ad Parnassum , 1932. Huile et caséine sur toile, 100 x 126 cm. Berne, Kunstmuseum © Photo : Kunstmuseum Bern, Dauerleihgabe des Vereins der Freunde des Kunstmuseums Bern

Paul Klee, un artiste complet : l’influence de la musique sur ses tableaux

Paul Klee n’est pas seulement un peintre, c’est un artiste complet. Pour ce fils de mélomanes, impossible de se cantonner à une seule discipline. La musique, les arts du spectacle, tout l’intéresse et a un impact sur sa créativité.

Avec Ad Parnassum, il semble le crier au monde entier : le titre est une référence au mont Parnasse. Situé près de Delphes, il abrite Apollon et les muses, divinités grecques qui inspirent les artistes. En latin, ad signifie vers. Le peintre nous indiquerait-il le chemin vers les sommets de la créativité ? À moins qu’il n’y soit déjà parvenu…

Pour cela, il combine ici ses deux violons d’Ingres : la musique et les arts visuels. D’abord, le titre du tableau évoque un livre sur la musique, Gradus ad Parnassum. Son sujet ? La polyphonie. Or, voyez comme ces petits carrés colorés s’accumulent et se juxtaposent pour former un ensemble harmonieux. Maintenant, imaginez que ce damier est un groupe de voix. Elles sont toutes différentes mais le résultat final est mélodieux. C’est du rythme au carré, comme dans de nombreuses toiles de Klee !

Ces formes pointues, là au-dessus du rond orange et dans le prolongement de l’arche ? Certains y voient de la notation musicale : la marque d’un crescendo et d’un decrescendo. Une chose est sûre : Ad Parnassum, à l’instar de nombreuses œuvres de Paul Klee, est un hymne à la musique et aux arts visuels.

Un échantillon des inspirations de Paul Klee

Avec ces formes géométriques et cette multitude de carrés chatoyants, Ad Parnassum paraît très abstrait. Pourtant, comme souvent, Klee met beaucoup de lui dans ses peintures. Aussi, cette silhouette pointue peut être le mont Parnasse… ou une pyramide. Trois ans avant de réaliser cette œuvre, l’une des plus grandes de toute sa carrière, Paul Klee se rend en Égypte. Là-bas, les tombes des pharaons lui font forte impression. Et si cette mosaïque colorée n’était qu’un ensemble de briques, comme celles qui forment les pyramides égyptiennes ?

À droite, on dirait bien un soleil. Toutefois, les carrés occupent la totalité de la toile. Que regardons-nous alors ? Un paysage égyptien ? Des éléments d’architecture ? À moins que Ad Parnassum ne soit un clin d’œil à ses années au Bauhaus… En effet, ce jeu de carrés, triangles et cercles évoque les cours de Klee sur la forme et les exercices proposés aux élèves.

Selon lui, ce n’est pas la forme définitive d’une œuvre qui est importante, mais le processus qui y mène. Le peintre aurait-il fait de Ad Parnassum un miroir de son inspiration ? Laissez-vous submerger par les tonalités, les nuances et les accords. Et entrez dans la tête de Paul Klee…

Clémence Simon

Revue DADA Paul Klee


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