Tout Vincent Van Gogh en une oeuvre

La Chambre, l’un des tableaux les plus connus de Van Gogh

Même si le talent de Vincent Van Gogh ne sera jamais reconnu de son vivant, ses œuvres d’art sont aujourd’hui connues de tous : La Nuit étoilée, Autoportrait avec une oreille bandée, Les Tournesols… Lorsque le peintre s’installe à Arles en 1888, il ne lui reste que deux ans à vivre. Pourtant, cette courte période lui suffira pour peindre trois fois un sujet simple mais emblématique de son œuvre : sa chambre.

Le tableau "La Chambre" peint en 1888 par Vincent Van Gogh.
Vincent van Gogh, La Chambre, 1888. Huile sur toile, 72 x 90 cm. Amsterdam, Van Gogh Museum, Vincent van Gogh Foundation. © Photo : Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation). F48

Le repos tourmenté de Vincent Van Gogh

Même dans le sud, Van Gogh ne cherche pas le Midi à 14 heures ! Pour les sujets de ses toiles, il s’inspire de ce qui l’entoure. En 1888, il jette son dévolu sur sa chambre à coucher.

Sa santé physique et mentale se détériore : la même année, il se coupe l’oreille lors d’une crise de folie. Pour l’instant, il veut peindre la tranquillité et le calme dont il a tant besoin. Il le dit, la vue du tableau « doit reposer la vue ou l’imagination ». Pas d’histoire à raconter donc, comme toujours chez lui, mais laisser la toile parler d’elle-même. Comment ? Le secret, c’est le jeu des couleurs.

Voilà donc un sujet simple, presque banal, tiré du quotidien auquel Van Gogh nous a habitués. Ajoutez-y tout son désir de donner aux couleurs une signification symbolique. Vous obtenez avec cette peinture du pur Van Gogh.

La symbolique des couleurs

Dans une lettre adressée à son frère Théo, Vincent Van Gogh écrit : « Les murs sont d’un violet pâle. Le sol est à carreaux rouges. Le bois du lit et les chaises sont jaune beurre frais. Le drap et les oreillers citron vert très clair. La couverture rouge écarlate. La fenêtre verte. La table à toilette orangée, la cuvette bleue. Les portes lilas. »

Tout est dit dans cette description pointilleuse des couleurs. Les teintes claires, et parfois pastel, traduisent le calme. Les contrastes colorés rythment la toile, mais sans violence. Même la couverture rouge au centre de la toile ne parvient pas à perturber l’harmonie atteinte par Van Gogh. Le jaune du lit parcourt le tableau passant par la table et les chaises, et se retrouve sur les volets. Le vert des tableaux au mur atterrit sur les lattes du parquet. Le lilas de la porte répond au bleu de la cuvette sur la table. Malgré la perspective quelque peu instable, quel
équilibre ! C’est ce travail sur les couleurs qui donne la sensation d’harmonie que l’on ressent devant ce tableau.

L’influence des estampes japonaises

Une chambre simple avec quelques meubles, un lit et deux chaises. Voilà comment Vincent Van Gogh présente l’œuvre à Théo et à son ami, l’artiste Paul Gauguin.

Pour lui, cette simplicité renvoie à celle des intérieurs japonais qu’il connaît grâce à la gravure (les estampes d’Hokusai, d’Hiroshige, qu’il collectionne). On ne peut pas dire que cette chambre, avec tous ces meubles, est dépouillée. Non, mais le dépouillement se trouve dans les lignes du tableau. Regardez bien : il n’y a ici que des verticales, ou presque. Cette sobriété lui permet de mettre en valeur son sujet banal, qui en sort grandi.

De l’estampe japonaise, on retrouve aussi l’absence d’ombres, ainsi que les aplats colorés comme ceux de la couverture, de la porte ou des murs. Pour Van Gogh, cet « intérieur sans rien » fait aussi penser aux œuvres de son ami Émile Bernard. Bref, il s’agit d’une œuvre-carrefour entre le Japon et Paris.

La première version se trouve à Amsterdam, au musée Van Gogh. Travailleur acharné, Vincent Van Gogh en réalisera deux autres, aujourd’hui à Paris et à Chicago.

Émilie Martin-Neute

Lettre de Van Gogh destinée à Gauguin, à propos de sa chambre à Arles
Vincent van Gogh, Lettre manuscrite à Paul Gauguin, datée du 17 octobre 1888. New York, The Morgan Library & Museum. Gift of Eugene V. Thaw in honor of Charles E. Pierce, Jr., 2007; MA 6447. © Photo : The Morgan Library & Museum
couverture de la revue DADA van Gogh


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