Les 12 graffitis de Banksy en France

Avril 2020 : Avez-vous vu Banksy ? Insaisissable, l‘artiste dissémine ses graffitis sur tous les continents. Fidèle à ses principes, il offre au monde son art, gratuitement. Entre Calais et Paris, où peut-on (parfois pouvait-on) en profiter en France ?


Banksy à Paris

Au début de l’été 2018, Banksy paie une petite visite à notre capitale, Paris. Discrètement, il y dissémine quelques graffitis drôles ou mystérieux, chargés de messages sociaux et engagés.

Centre Pompidou, Paris

Disparu

Derrière un panneau d’affichage près du centre Pompidou, Banksy peint son animal préféré, le rat, avec un cutter entre ses pattes. La position est plutôt… suggestive. L’artiste revendique son graffiti sur les réseaux sociaux le 26 juin 2018. Il y célèbre les révoltes de mai 68 à Paris, où les graffitis au pochoir ont vu le jour selon lui. Vous y êtes passé et ne l’avez pas vu ? C’est normal ! En septembre 2019, deux hommes vandalisent le panneau en pleine nuit et emportent le pochoir. L’œuvre qui avait été offerte à tout le monde est volée … Réapparaitra-t-elle un jour ?

Rat Banksy Pompidou Paris

Banksy – centre Pompidou, Paris – ©Greg Wolf / Flickr.com

Avenue de Flandre, Paris

Conservé

Le lendemain, 27 juin 2018, l’artiste récidive et publie une nouvelle œuvre sur son fil Instagram. Un cavalier à califourchon sur un cheval fougueux apparaît au 41 avenue de Flandre dans le 19e arrondissement de Paris. La cape rouge au vent et la cambrure de l’animal vous rappellent quelque chose ? Et oui, c’est bien un hommage au tableau de Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant le mont Saint-Bernard (1801). Si les poses sont quasi identiques, le personnage de Banksy semble avoir un léger problème avec son manteau… Le vent le ramène complètement sur sa figure et dissimule son visage ! Contrairement à Bonaparte dont toute l’attitude allait vers l’avant, il ne serait pas surprenant que ce cavalier-ci soit sur le point de tomber à la renverse…

Banksy Bonaparte avenue de Flandre Paris

Banksy – avenue de Flandre, Paris – ©Yann-Claude Philippot / Instagram @whyseepee

Université de la Sorbonne, Paris

État inconnu

Qu’Il est gentil le toutou… Trop gentil peut-être ? L’homme qui lui tend un os délicieux tient dans son dos une scie. Le chien ne la voit pas, mais elle n’en est pas moins menaçante. D’ailleurs, il a déjà une patte en moins. Serait-ce son propre os qu’il regarde avec appétit ? Cette scène inquiétante apparaît fin juin 2018 au dos de la Sorbonne à Paris. Banksy la diffuse sur son Instagram le 27 juin, confirmant sa signature déjà bien soupçonnée. Cette fois-ci, le graffiti ne sera pas volé ! Recouverte d’un plexiglas pour être protégée, cette œuvre pourtant réalisée dans l’illégalité est devenue très précieuse pour ses riverains.

Banksy maitre et chien Sorbonne Paris

Banksy – Sorbonne, Paris – ©Greg Wolf / Flickr.com

Conservé

Toujours près de la Sorbonne, Rue Maître Albert, Banksy pose un autre graffiti : un rat déguisé en Minnie Mouse, reconnaissable à son nœud rouge à pois blancs et à ses grandes oreilles. Au-dessus de sa tête, la date « MAI 1968 » apparaît. Encore une fois, le graffeur rend hommage à ce qu’il considère comme la naissance de l’art des pochoirs, son medium favori. Cependant, le 8 quasiment effacé semble être tombé sur la tête du rat pour faire office d’oreilles. Simple jeu graphique ou signification plus profonde ?

minnie mouse mai 1968 Banksy Paris

Banksy, rue Maître Alibert, Paris – ©Yann-Claude Philippot / Instagram @whyseepee

Porte de la Chapelle, Paris

État inconnu

C’est à la Porte de la Chapelle, tout près d’un camp de réfugiés, que ce graffiti apparaît dans le weekend du 23 juin 2018, revendiqué par Banksy sur les réseaux sociaux le 28 juin. Une petite fille au visage inquiet, dont la coiffure n’est pas sans rappeler celle de Minnie Mouse encore une fois, tente de recouvrir d’une jolie tapisserie rose une croix gammée. Une œuvre touchante, qui dénonce la haine des étrangers, au lendemain de la journée mondiale des réfugiés (20 juin). Peu de temps après, le tag est vandalisé, recouvert de peinture bleue pour faire réapparaitre cette croix qu’il avait essayé de faire disparaître…

Banksy Porte de la Chapelle Paris

Banksy – porte de la Chapelle, Paris – ©Yann-Claude Philippot / Instagram @whyseepee

Bataclan, Paris

Disparu

Banksy continue à traverser Paris. Prochain arrêt : le Bataclan. Épicentre des atrocités du 13 novembre 2015, l’artiste y rend un hommage à toutes les victimes. Peint sur la sortie de secours, la forme nébuleuse apparaît comme un enfant la tête baissée, un mouchoir à la main. Son visage est indistinct, il semble avoir fondu… Cette vision horrifique fait écho aux événements qui se sont déroulés ici. Le 28 juin 2018, le graffiti apparaît sur les réseaux sociaux du l’artiste. Malheureusement, cette œuvre que l‘artiste avait offerte à tous pour dénoncer la barbarie a été dérobée dans la nuit du 25 janvier 2019.

Banksy – Bataclan, Paris – ©Yann-Claude Philippot / Instagram @whyseepee

Montmartre, Paris

Disparu

Plus au nord, Banksy investit un escalier de Montmartre, avec beaucoup d’humour cette fois. Un seau à champagne sur un tabouret, dont le bouchon qui a sauté propulse un rat tout en haut des marches. Pour le street-artiste, le rat est le symbole des « laissés-pour-compte », ceux qui n’ont pas ou peu de privilèges. Mais ici, il a droit au champagne – marque d’aisance – qui lui permet même de s’élever (dans la société ?) et de rejoindre la fête montmartroise. Publié par Banksy sur son réseau le 28 juin 2018, elle se trouvait rue du Mont-Cenis à Paris. L’occasion d’une bonne ascension !

Rat champagne Banksy Montmartre Paris

Banksy – Montmartre, Paris – ©Yann-Claude Philippot / Instagram @whyseepee

Tour Eiffel, Paris

État inconnu

Disons au revoir à Paris par un dernier tour à l’immanquable Tour Eiffel. Deux rats un peu bourgeois profitent de la vue, loin de la place encombrée du Trocadéro. La canalisation, présente juste derrière eux, donne l’impression qu’ils en sortent tout juste. Car après tout, les rats vivent bien dans les égouts, non ? Même dans ses graffitis les plus simples, l’humour sarcastique de Banksy trouve sa place. « Officiellement » présentée sur le site de l’artiste, le couple de rat se trouvait sous le Pont Rouelle à Paris.

Banksy couple rat Tour Eiffel Paris

Banksy – Tour Eiffel, Paris – © Greg Wolf/Flickr.com


Banksy à Calais

En décembre 2015, suite à la crise des migrants entre le port de Calais et celui de Douvres en Angleterre, Banksy fait une courte incursion dans la ville française pour inscrire sur les murs son message engagé et enragé.

La Lande, camp de réfugiés, Calais

Conservé

Entre deux tentes, route des Garennes, un personnage semble en marche, un baluchon sur le dos. Si l’on y regarde de plus près, il ressemble à s’y méprendre à Steve Jobs, fondateur de la compagnie Apple. Pourquoi en faire le portrait au milieu d’un camp de réfugiés ? Banksy souhaite rappeler les origines syriennes de ce magnat de la technologie. À un moment où les tensions sont fortes suite à l’arrivée massive de réfugiés syriens en Europe, ce graffiti fait mouche. Nous venons tous de quelque part pour aller ailleurs comme dans cette « jungle » à Calais. Est-il juste de fermer les portes à ces gens qui ne sont pas nés au même endroit que nous ? Ce n’est en tout cas pas l’avis de Banksy.

Jungle Calais Banksy

Banksy – Camp de réfugiés, Calais – ©Dunk 🐝 / Flickr.com

En face, Banksy inscrit cette phrase, comme un faux message d’espoir : « peut-être que toute cette situation finira par se régler d’elle-même ». S’agit-il de dénoncer l’inaction ou d’espérer un futur meilleur ?

écrit Banksy Calais

Banksy – Calais – ©Rudy Fenet / Ville de Calais

Rue de la Tannerie, Calais

Disparu

Banksy n’en était pas à son premier rodéo de détournement des classiques français avec le Napoléon de 2018. Comme sur Le radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1819), des naufragés désespérés appellent à l’aide un bateau qu’ils aperçoivent au loin… Mais ici le ferry, rappelant celui qui traverse la Manche pour relier la France à l’Angleterre, ne les voit pas – ou les ignore – et continue sa route. Intitulée « nous ne sommes pas tous dans le même bateau », cette œuvre dénonce sans équivoque l’indifférence des pays européen face à la détresse de ces personnes que la guerre a chassés de leurs pays d’origine. Malheureusement, le graffiti est effacé en 2017 lors d’un ravalement de façade.

Banksy radeau Calais

Banksy – rue de la Tannerie, Calais – ©Dr. Motte / Flickr.com

Poste de secours, plage de Calais

Conservé

C’est face à la digue Gaston Berthe que se présente l’un des derniers survivants des tags de Banksy à Calais. Une petite fille, les cheveux ébouriffés par les vents marins, tient une longue vue qu’elle pointe vers le rivage. Derrière elle, une valise indique qu’elle est en voyage. Mais, perché sur sa longue-vue, un vautour la guette. Allégorie de ce qui l’attend de l’autre côté de la mer ? Ou peut-être si elle reste immobile ? Inquiétant, bouleversant, le graffiti est tout de suite reconnu comme une œuvre d’art par la ville de Calais, qui le protège dans les jours qui suivent son apparition, et compte bien le conserver même si le bâtiment est réhabilité.

Banky petite fille plage Calais

Banksy – Plage de Calais – ©Fred Collier / Ville de Calais

Bonus : ambassade française à Londres

En janvier 2016, toujours dans l’idée de dénoncer le traitement des réfugiés à Calais, Banksy s’installe en face de l’ambassade de France à Londres. Une petite fille débraillée aux airs de Cosette (héroïne des Misérables, le roman de Victor Hugo), se tient devant le drapeau tricolore, les larmes aux yeux. Triste ? Sûrement, mais ce n’est pas ce qui provoque ces pleurs. C’est plutôt le nuage de gaz lacrymogène qui l’enveloppe. Pour dénoncer l’utilisation de ces gaz dans la « jungle » de Calais, le street-artiste choisit cette fois la manière forte !

Banksy ambassade de France à Londres 2016

Banksy – ambassade de France, Londres – ©Banksy


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