Récemment lauréate de 4 prix lors des dernières Victoires de la musique, dont celui du meilleur album de l’année, Théodora s’est imposée depuis 2024 comme une personnalité admirée pour sa force artistique, tant dans ses titres endiablés que pour la maîtrise de son image. En juin 2025, elle dévoilait le clip de FASHION DESIGNA, une fresque surréaliste bourrée de références, signée par le réalisateur Melchior Leroux. Plus récemment, la chanteuse revenait avec la vidéo de Des mythos et nous transporte une nouvelle fois dans un univers psychédélique.
De Jean-Paul Goude à Michel Ocelot, en passant par les studios Pixar et Magritte, on vous propose de revenir sur certaines références artistiques cachées dans les clips de Théodora. Les aviez-vous repérées ?
L’esthétique loufoque et théâtrale de Jean-Paul Goude

Photographe et illustrateur, Jean-Paul Goude marque le paysage médiatique français depuis plus de 40 ans. À travers ses installations démesurées – comme lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution française en 1989 – et son imagerie farfelue et joyeuse, Goude a su rester dans les esprits en incarnant notamment la célébration du métissage culturel des années Mitterrand, avec ses campagnes publicitaires inoubliables.
Jean-Paul Goude est indissociable d’une autre personnalité bien connue du monde de l’art : Grace Jones. Célèbre pour son aura glaçante et androgyne, la mannequin et chanteuse jamaïcaine fait la rencontre de Goude en 1981, qui collabore avec elle pour la conception de A One Man Show, une longue collection de clips. Muse et compagne de l’artiste, Grace Jones devient sous l’objectif de Jean-Paul Goude le sujet de compositions complexes et délurées.
La familiarité de l’esthétique du photographe français avec les créations visuelles de Melchior Leroux pour Théodora est indéniable. Leroux sublime la peau noire de l’artiste et de ses performeur·euse·sà travers des manipulations chromatiques et une maitrise fine de la lumière, tout comme Goude utilisait la peinture pour retoucher les poses de Jones et accentuer l’éclat de sa peau. Les mises en scènes magnifiquement absurdes sont également au rendez-vous, et font un rappel également aux œuvres des surréalistes.
La fantaisie des surréalistes : Magritte & Cie…

Dévoilé le 6 février 2026 par Théodora, le clip vidéo du titre Des mythos – évoquant avec sensibilité la question de l’avortement – fait une référence à l’univers pictural de René Magritte. Figure majeure du surréalisme belge, Magritte a développé tout au long de sa carrière des sujets anti-conventionnels, énigmatiques et érudits, en cherchant notamment à représenter de manière tangible les images mentales.
Le peintre belge travaillait aussi un alphabet visuel particulier : la pomme, l’homme au chapeau melon, les oiseaux… Et bien sûr la grande récurrence des portes et ciels dans ses œuvres, pour laquelle on le connait bien. Allongée dans le clip, Théodora ressort du fond monochrome noir, où des ouvertures mènent à des ciels artificiels. Si au départ Magritte représentait des ciels tourmentés, l’artiste belge tendait de plus en plus au fil du temps vers une image de ciel ultraléchée… d’apparence factice. Rappelant la référence à Magritte dans le film The Truman Show (1998), où Truman, campé par Jim Carrey, est le personnage principal de sa propre émission de TV réalité.

Magritte n’est pas le seul surréaliste mentionné dans les clips de Melchior Leroux. Un plan du clip de Fashion Designa montre Théodora installée sur un fauteuil reprenant la silhouette d’une bouche. Une potentielle dédicace au canapé Boca, tiré d’une œuvre de Salvador Dalí intitulée Le Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste (1934-1935), ou bien l’affiche du kitschissime film The Rocky Horror Picture Show (1975), avec l’acteur Tim Curry se prélassant en drag dans une paire de lèvres rouges.

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Les silhouettes de Lotte Reiniger et Michel Ocelot

Melchior Leroux ne lésine pas sur les références au cinéma d’animation ! En effet, il convoque de prime abord l’esthétique visuelle de Lotte Reiniger – réalisatrice d’origine allemande, initiatrice de la technique du stop-motion – dans le clip vidéo de Des mythos.
Intéressée par les arts chinois, celui du théâtre d’ombre particulièrement, Reiniger développe dans les années 1910 sa propre technique d’animation. Les Aventures du prince Ahmed sort plus tard en 1926, considéré comme le premier long-métrage d’animation de l’histoire. Inspiré par les contes des Milles et une nuits, le film prend vie au travers du mouvement des silhouettes et décors en papiers découpés. Les personnages sont en aplat noir, le fond est coloré et saturé : le résultat est ultra-graphique, onirique et relève d’une prouesse technique.
Leroux met en scène Théodora comme la protagoniste d’un conte visuel. La silhouette de la chanteuse est identifiable dans ce qui semble être une forêt et ressort d’un fond auroral. La référence à Reiniger ramène directement au style d’animation de Michel Ocelot, réalisateur français à qui l’on doit notamment la saga des films Kirikou. Marqué par l’héritage de la cinéaste, Ocelot lui rendait hommage en 2000 dans son film Princes et Princesses.

Plus mainstream, les studios américains Pixar sont également référencés ici. Si les portes du clip de Des mythos rappellent bien les œuvres de René Magritte, celles s’ouvrant sur les yeux et le visage de Théodora dans FASHION DESIGNA se basent quant à elles visiblement sur le générique de Monstres et Cie (2001) ! Une séquence d’animation en deux dimensions culte, qui n’est pas sans rappeler la patte d’un certain Saul Bass.
Le graphisme géométrique de Saul Bass

Martin Scorsese, Otto Preminger, Alfred Hitchcock… Ce sont quelques illustres noms du septième art qui ont collaboré avec Saul Bass. Graphiste américain de légende, il a signé certains des génériques et affiches de films les plus connus de l’histoire du cinéma.
Bass s’intéresse très jeune au dessin et s’y forme au Brooklyn College : c’est ici qu’il découvre notamment l’esthétique du constructivisme russe et de l’école du Bauhaus. Un graphisme tranché, minimaliste et moderniste, qui caractérisera son style et fera de lui une référence de la communication visuelle.
Saul Bass va amener une rupture en révolutionnant les génériques de films, à la base ennuyeux, en créant un moment, non seulement informatif, mais surtout créatif et efficace. Les génériques de Saul Bass sont des séquences à part entière des films qu’ils ouvrent : Bass pose une réflexion sur la rythmique, la caractérisation des personnages, tout en en apportant son esthétique franche et ultra graphique. Une patte reconnaissable qui se retrouve également dans ses affiches. Le film se résume quasiment en un seul symbole, en suggérant l’atmosphère et quelques brefs indices narratifs.
La grammaire visuelle de Bass est mainte fois citée dans les vidéos de Thédora. En utilisant un jeu d’aplat de couleurs et de formes géométriques, Melchior Leroux manipule son modèle avec des effets de style à la fois facettés et unidimensionnels. Théodora évolue dans ses clips au travers de tableaux fragmentés aux couleurs criardes, sortes de kaléidoscopes imaginaires et psychédéliques où la chanteuse peut gamberger et performer.

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