26 lettres de l’alphabet, 26 artistes femmes à absolument connaître et découvrir pour parfaire votre culture générale. 1 lettre, moins d’1 minute (promis) : allons-y !
A comme Artemisia Gentileschi (1593 – 1654)
Qu’on lui coupe la tête ! Figure féminine iconique du caravagisme – un courant pictural du début du XVIIᵉ siècle marqué par l’influence stylistique du Caravage, tout en expressivité – Artemisia Gentileschi a réussi à s’imposer comme peintre de cour, dans une époque où l’art ne laissait pas de place aux femmes. Ses prouesses techniques et ses sujets choisis font d’elle un nom très admiré de l’ère baroque.

Une œuvre à retenir ? Judith décapitant Holopherne (vers 1620) est un témoignage virtuose et quasi-autobiographique de la vie de l’artiste. L’œuvre est une preuve marquante de la patte baroque de Gentileschi et de son utilisation du clair-obscur caravagesque. Le thème iconographique biblique sanglant fait une référence directe au viol subi par l’artiste, victime de son maître Agostino Tassi. Gentileschi se serait inspirée de son propre visage pour celui de Judith, tandis qu’Holopherne prendrait les traits de son agresseur… Le message est clair là, non ? Une peinture ultra-symbolique qui agit comme une catharsis, au ton féministe avant l’heure.

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B comme Louise Bourgeois (1911 – 2010)
Aujourd’hui l’une des artistes françaises les plus célèbres au monde, Louise Bourgeois a produit tout au long de sa carrière un large corpus d’œuvres centré autour de la femme. En abordant des thèmes tels que l’érotisme ou la maternité, la sculptrice et plasticienne s’est démarquée dans des pièces singulières, parfois monumentales, mêlant formes abstraites et inspirations organiques.
Une œuvre à retenir ? Maman (1999), l’araignée globe-trotteuse. Bien que cette araignée en bronze impressionne (voire terrifie) avec ses 10 mètres de haut et son titre peu évocateur, son interprétation est quant à elle beaucoup plus douce et émouvante. Bourgeois évoque, à travers le symbole de l’araignée, l’amour et la protection maternels, visibles dans les œufs en marbre que porte l’araignée dans son abdomen. Elle y fait une analogie tendre entre sa mère tisserande, disparue alors que Bourgeois n’avait que 21 ans, et la toile que l’araignée tisse. La figure de l’araignée était centrale dans le vocabulaire esthétique de l’artiste.

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C comme Camille Claudel (1864 – 1943)
Bien qu’à la fin du XIXᵉ siècle, l’art soit toujours largement une affaire d’homme, la jeune Camille Claudel va réussir à émerger comme une sculptrice accomplie, à l’esthétique sensible et à la technique virtuose. Longtemps associée à Rodin, son maître, qui entretient avec elle une relation extraconjugale tumultueuse, l’autonomie et le talent de Claudel n’ont été reconnus que tardivement. En évoquant notamment dans ses mises en scène des thématiques personnelles, comme l’enfance ou bien la rupture amoureuse, la sculptrice nous transporte et fait appel à nos émotions.
Une œuvre à retenir ? La Valse (1889-1893). Alors emportée dans sa fougue amoureuse avec Rodin, Claudel capture dans le bronze la force d’une relation amoureuse passionnelle. La sculpture représente deux amants nus, enlacés et unis, qui semblent tourbillonner à l’infini, entourés d’un large drapé. Si l’aspect massif de la sculpture ancre la position penchée et vertigineuse de nos deux protagonistes, l’artiste fait preuve également ici d’une certaine délicatesse, comme le montre le détail des mains qui s’effleurent.

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D comme Dora Maar (1907 – 1997)
Formée aux arts décoratifs et aux beaux-arts, Dora Maar entre en contact, au début des années 1930, avec de grandes figures de l’art moderne (Man Ray, Brassaï…) et se forge rapidement un nom dans l’élite artistique parisienne. Également militante engagée contre le fascisme, cette plasticienne et photographe de génie va capter l’attention du groupe des surréalistes. Maar demeure l’une des artistes de l’avant-garde surréaliste les plus captivantes, notamment grâce à ses sublimes et étranges photomontages.

Une œuvre à retenir ? Mannequin-Étoile (1936) montre à merveille l’essence surréaliste de l’œuvre de Dora Maar. Le visage masqué par une grande étoile pailletée, une silhouette féminine ouvre/ferme les rideaux sur ce qui semble être un ciel étoilé. Maar crée ici une diva céleste et mystérieuse, et rappelle les jeux sur l’identité cachée, si chers au mouvement surréaliste.

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E comme Elisabeth Vigée Le Brun (1755 – 1842)
Initiée à l’art auprès de son père, le pastelliste Louis Vigée, Elisabeth Vigée Le Brun voit naître très jeune une vocation artistique. Elle se forme plus tard auprès d’amis de son père, disparu alors qu’elle n’a que 12 ans. Elisabeth se constitue ainsi au fur et à mesure, grâce à sa technique notamment, un vrai réseau. En 1778, c’est la consécration : Vigée Le Brun devient la peintre officielle de Marie-Antoinette, 4 ans après avoir été admise à l’Académie de Saint-Luc. C’est finalement en 1783 que l’artiste est reçue à l’Académie royale de peinture et de sculpture (non sans un coup de pouce de la reine). Proche confidente de Marie-Antoinette, Vigée Le Brun s’exile en 1789 vers l’Italie avec sa fille, pendant 12 ans. Une aubaine : c’est ainsi qu’elle acquiert une reconnaissance européenne !
Une œuvre à retenir ? Autoportrait (1790), jolie mise en abyme ! Alors exilée en Italie en raison de sa proximité avec la famille royale, Vigée Le Brun se représente ici à la tâche, en train de réaliser le portrait de Marie-Antoinette. Se dégage de l’œuvre une certaine joie et une assurance insouciante, qu’on lit sur le sourire et l’expression presque surprise de l’artiste. Heureuse et accomplie, la peintre affirmerait à travers l’œuvre son attachement à la monarchie, dans le contexte tendu, on rappelle, de la Révolution française. Chut ! Work in progress…

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F comme Frida Kahlo (1907 – 1954)
Avant d’être le monosourcil le plus connu (et stylé) au monde, Kahlo, c’est tout d’abord une personnalité majeure de l’histoire de l’art ! L’artiste d’origine mexicaine a fait de ses traumatismes personnels le moteur de sa création. Bouleversantes et imbibées d’une esthétique irréelle et singulière, les œuvres de Kahlo sont le reflet d’une vie semée d’embûches, marquée notamment par des problèmes de santé et un fervent engagement communiste. Si ses nombreux autoportraits ont fait sa notoriété, celle qui a fasciné les avant-gardes européennes au début du XXᵉ siècle n’a cessé également d’inscrire dans ses toiles son amour pour le Mexique : sa faune, sa flore et son identité culturelle.

Une œuvre à retenir ? La colonne brisée (1944), ou l’art comme thérapie. Point de bascule dans la vie de Kahlo, tant du côté personnel que du côté artistique, son accident de bus, survenu alors qu’elle avait 18 ans, l’amènera à subir près de 32 interventions chirurgicales et à rester alitée plusieurs mois. Seule avec elle-même, la peintre fait de sa souffrance l’une de ses principales sources d’inspiration. Ici enlacée de bandages médicaux, Kahlo se représente en larmes, criblée de clous, et révèle son corps écorché, portée par une colonne ionique fissurée. L’œuvre est saisissante tant la souffrance de l’artiste est palpable.

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G comme Georgia O’Keefe (1887 – 1986)
Dites-le avec des fleurs ! Figure éminente du modernisme américain, Georgia O’Keefe fait partie des artistes féminines les plus cotées du marché de l’art contemporain. Épaulée au départ par son partenaire et compagnon Alfred Stieglitz, photographe et galeriste, O’Keefe s’adonne dès les années 1920 à la peinture à l’huile. C’est à ce moment que l’artiste va expérimenter le sujet qui fera sa renommée : les fleurs. Alors que beaucoup lisent dans ses gros plans de fleurs des formes vulvaires, là n’est pas son intention ! Passionnée par l’effet blow-up en photographie et par les théories spirituelles de l’art chez Kandinsky, O’Keefe y crée en réalité des contrastes colorés francs, frôlant l’abstraction. Sa notoriété, qu’elle rencontre dès le milieu du XXᵉ siècle, ouvre la voie vers une autonomie des artistes féminines, à l’aube du boom féministe des années 1960.
Une œuvre à retenir ? From the Faraway, Nearby (1937). Si les motifs floraux d’O’Keeffe ont en effet établi sa célébrité dans l’histoire de l’art, on retient également de l’artiste une fascination pour les os et squelettes d’animaux. Comparés souvent par la peintre à des « poubelles osseuses », ils symbolisent pourtant dans ses œuvres le désert, l’un de ses terrains d’inspiration privilégiés. Ce crâne de cerf avec ses bois majestueux surplombe un décor désertique imaginaire, vraisemblablement tiré de la réserve de Cameron en Arizona : on a là une sorte de nature morte (sans mauvais jeu de mots) surréaliste.
H comme Hannah Höch (1889 – 1978)
Comme dit la chanson : « This is a man’s world » ! Rare membre féminine du mouvement Dada, Hannah Höch a développé une œuvre géniale, dont les photomontages et collages ont marqué l’histoire de l’art. Bien qu’elle ait dû faire face aux réticences sexistes de certains membres du groupe, c’est bien en tant que dadaïste que Höch produit et met sa pierre à l’édifice du mouvement. Teintées d’une satire sociale espiègle et mordante, les œuvres de l’artiste critiquaient de manière subversive les élites et abordaient la question de la femme, son rôle et sa place dans la société allemande.

Une œuvre à retenir ? Für ein Fest gemacht (Faite pour faire la fête) (1936), ou comment déconstruire la femme parfaite, selon Höch. Un corps au visage disproportionné, de belles boucles blondes… un œil en guise de pied ? Le photomontage ici est un témoin précieux du style énigmatique de l’artiste, mais surtout de ses positions politiques féministes. En se réappropriant l’imagerie de la presse féminine de l’époque, Höch critique l’idéal féminin de la société allemande des années 1930 et satirise le fantasme de la femme-trophée. Le sourire éclatant et l’absence du regard de notre protagoniste en font une femme vide d’esprit, seulement faite pour faire la fête !
I comme Isa Genzken (1948 – …)
Bien que cette artiste allemande refuse toute assimilation au courant du minimalisme, Isa Genzken demeure une référence de la sculpture postmoderniste. On retient de la sculptrice son utilisation de matériaux de construction – tels que le béton, le bois et le plâtre dès les années 1980, puis plus tard la résine et le verre industriel – à partir desquels elle entretient un dialogue esthétique avec l’architecture moderniste allemande. Mannequins de boutique, machines à sous, tables à repasser… Genzken assemble et s’approprie la culture visuelle et matérielle des époques qu’elle traverse.
Une œuvre à retenir ? Der Spiegel (1992). Postée en contrebas du palais des congrès de Bielefeld en Allemagne, une sculpture tout en légèreté encadre verticalement l’édifice. En français « miroir », Der Spiegel n’en contient pas pour autant, mais rappelle la fascination de l’artiste pour la fenêtre. Dès les années 1990, Genzken s’intéresse en effet à cet élément architectural, qu’elle réduit presque à un signe, et à l’effet qu’il provoque sur les espaces sur lesquels il s’ouvre et son rôle primordial de cadre. Une œuvre qui invite à la contemplation, bien loin des compositions sculpturales radicales postérieures de l’artiste.
J comme Judy Chicago (1939 – …)
Figure artistique de renom, Judy Chicago n’incarne pas seulement une artiste aux œuvres engagées, mais aussi une actrice clé dans l’avancée de la cause féministe. Très tôt, elle questionne notamment la place réservée aux femmes dans les arts. À 30 ans, l’artiste fonde le premier programme d’enseignement féministe de Californie. Utilisant souvent des formes vulvaires dans ses œuvres, son point de vue – ne retenant que le facteur biologique et excluant les paramètres sociaux de la féminité – est tout de même remis en question à l’heure actuelle. On retient cependant de l’artiste un corpus conséquent d’œuvres ostentatoires et politiques.
Une œuvre à retenir ? The Dinner Party (1974 – 1979). Cette installation artistique collective fait partie des œuvres d’art féministes et pédagogiques les plus connues du XXᵉ siècle. Judy Chicago a disposé 39 tables à manger, dressées dans une disposition triangulaire, toutes sublimées par des techniques créatives associées souvent aux femmes (broderie, peinture sur céramique…). Chaque table est attribuée à une personnalité féminine de l’histoire, comme la philosophe et poétesse médiévale Christine de Pisan ou encore l’écrivaine Virginia Woolf… Judy Chicago remet ainsi sur le devant de la scène certaines figures marquantes, en réaction à l’absence fréquente des femmes dans les archives et la mémoire collective.
K comme Hilma af Klint (1862 – 1944)
Madame Hilma, au service des esprits. Génie de l’abstraction longtemps oubliée, af Klint a développé, en parallèle de ses œuvres académiques, une patte ultra-esthétique et ésotérique. Souhaitant garder son travail abstrait confidentiel, ce n’est que 20 ans après sa mort qu’on le redécouvre. Vouée très tôt à l’art, elle se forme notamment à l’Académie royale des beaux-Arts de Stockholm (rare pour une femme). Alors que le spiritisme gagne en popularité en Europe, l’artiste s’y intéresse en 1880. Avec 4 amies artistes, elle s’adonne à des séances et entre en contact avec « Les Maîtres », sortes d’entités spirituelles supérieures, la guidant dans sa création…

Une œuvre à retenir ? Group X, No 1, Altarpiece (Altarbild) (1915). Lors d’une séance avec le groupe des « Cinq », Hilma reçoit des « Maîtres » la commande d’œuvres pour un temple. 9 ans plus tard (en comptant 4 ans de pause), ce sont près de 193 œuvres qu’af Klint produit ! En 1915, l’artiste est beaucoup plus indépendante et s’est déliée des ordres des Maitres : elle n’est plus directement guidée, mais interprète seulement leurs indications de manière plastique. On ressent dans l’œuvre toute la dimension mystique qui caractérise le travail d’af Klint.
L comme Lee Miller (1907 – 1977)
Qu’elle soit devant ou derrière un objectif, Lee Miller incarne une personnalité versatile et iconique du XXᵉ siècle. Son aura artistique demeure intacte et son travail, empli d’une grande modernité, transcende les époques et conserve toute sa pertinence. D’abord mannequin phare de la fin des années 1920 à New York, c’est lors d’un séjour de 3 ans, entre 1929 et 1932, que Miller conquiert l’Europe et l’attention d’un certain Man Ray. Proche de l’avant-garde surréaliste, elle devient à Paris une muse privilégiée des grands artistes de l’époque et dès lors s’intéresse à la photographie. Dès les années 1940, alors que le monde est à feu et à sang, Lee Miller devient photoreporter pour le British Vogue. L’effort de guerre féminin, la libération des camps, le Blitz de Londres… Miller est une témoin précieuse d’un conflit destructeur, dont elle capture le quotidien et les atrocités, dans des clichés inoubliables et saisissants.

Une œuvre à retenir ? Lee Miller dans la baignoire d’Hitler (1945). Le 30 avril 1945, alors correspondante pour le British Vogue, Miller se rend dans l’appartement du Führer à Munich, le jour de son suicide. Le matin même, la photojournaliste se rendait au camp de Dachau tout juste libéré. Si le monde s’apprête à découvrir l’horreur des camps, cette image de Miller se lavant, dans le bain de celui à l’initiative du génocide, annonce le début d’une douloureuse appréhension du charnier de la Shoah. La mise en scène et la composition de l’œuvre sont quant à elles maîtrisées avec brio : un portrait d’Hitler, les bottes de Miller tâchant de boue le tapis de bain, une statuette de Vénus dévêtue faisant écho à la nudité de Miller… À la fois emblématique et glaçante, l’œuvre donne le la d’une nouvelle ère au lendemain d’un traumatisme mondial.

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M comme Vivian Maier (1926 – 2009)
Grande discrète de la photographie du XXᵉ siècle, Vivian Maier a produit tout au long de sa vie une œuvre confidentielle et est devenue à sa redécouverte, 2 ans avant sa mort, une référence de la photographie de rue. Nourrice à New York, à partir de 1951, puis à Chicago dès 1956, Maier va dépeindre avec son objectif la société américaine, sa modernité urbaine et ses grandes mutations sociales.
Une œuvre à retenir ? Autoportrait, New York (1953), ou l’art du selfie avant l’heure. Debout aux côtés de Maier, sûrement une des enfants dont elle s’occupait. Une image prise sur le vif ? Pas seulement, le cadrage est maîtrisé : les formes rectangulaires des panneaux publicitaires en fond et celles de la vitrine se répondent, leurs silhouettes sont quasiment entières si on observe bien leur reflet sur la paroi métallique… Maier capture de manière réfléchie un moment bref de mouvement urbain, au cœur de l’un de ses terrains de jeu privilégiés !

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N comme Niki de Saint Phalle (1930 – 2002)
Artiste rebelle et engagée, membre et égérie féminine du Nouveau Réalisme, plasticienne expérimentale et autodidacte : peu de noms comme celui de Niki de Saint Phalle peuvent prétendre incarner la production artistique française de la seconde moitié du XXᵉ siècle. L’artiste développe très tôt dans sa carrière une œuvre thérapeutique et très personnelle. Elle critique notamment les diktats sexistes contemporains, questionne la place de la femme dans une société patriarcale et rejette les nouveaux idéaux de consommation des Trente Glorieuses. Sculptures, œuvres peintes, installations éphémères ou pérennes… Niki est une vraie touche-à-tout, dont le travail a conservé toute sa pertinence et sa beauté plus de 20 ans après sa disparition !
Une œuvre à retenir ? Joséphine Baker (1999), marre de cette nana-là ? Jamais ! Les Nanas de Niki de Saint Phalle font partie des œuvres les plus reconnaissables de l’histoire de l’art. Joyeuses, colorées, dansantes, avec des formes généreuses… La nana est polymorphe. Niki de Saint Phalle rend ici hommage à la mythique meneuse de revue et résistante Joséphine Baker. Symbole historique, reconnaissable à ses danses endiablées et aux bananes qu’elle portait à sa taille pendant ses performances, Baker matérialise ici une parfaite Nana !

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O comme ORLAN (1947 – …)
Rentrer dans la norme ? Quelle horreur ! ORLAN, c’est un nom mythique qui rime au contraire avec les extrêmes. Grande représentante du mouvement body art (ou art charnel), elle produit en effet depuis les années 1970 une œuvre transmédiatique, féministe et fascinante. ORLAN a fait de son corps son médium principal, qu’elle manipule et transforme dans des performances frôlant parfois le danger. Ainsi, de 1990 à 1993 quand elle passe par exemple sous le bistouri (littéralement) lors d’une performance à long terme, ORLAN délivre un message radical et bouscule les esprits, en remettant en cause les conventions de la beauté féminine.
Une œuvre à retenir ? Le baiser de l’artiste (1977), scandale à la FIAC ! Elle n’était même pas invitée, mais elle l’a fait quand même. Alors enseignante, ORLAN réalise une performance inoubliable lors de la FIAC de 1977 au Grand Palais. Le principe ? Postée sur un piédestal noir et vêtue d’un bustier couvert d’une photographie d’elle nue, l’artiste proposait un baiser contre 5 francs. Deux inscriptions et deux fentes sur son buste nous font comprendre le sens de sa démarche : « introduire 5f », au-dessus de la poitrine et un « merci » entre le nombril et le sexe. ORLAN crée ici un « kissing booth » de fête foraine féministe et politique, en dénonçant notamment la marchandisation du corps féminin !

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P comme Clara Peeters (v. 1587 – v. 1657)
L’apothéose de la nature morte ! Contemporaine supposée des maîtres flamands comme Rubens ou van Dyck, Clara Peeters aurait été initiée à la peinture à seulement 14 ans. Elle se serait spécialisée rapidement dans la nature morte, qu’elle élève en un genre prestigieux pendant l’âge d’or de la peinture flamande. Ses tables dressées, qu’elles soient ornées de victuailles quotidiennes ou alors garnies de mets délicats et d’objets précieux, sont la preuve de son immense talent et ont surtout fait d’elle une célèbre peintre en Europe.
Une œuvre à retenir ? Nature morte aux fleurs et aux coupes d’or (1612), le détail qui tue ! Virtuose dans l’art de la nature morte, Peeters réalise ici une composition on ne peut plus classique, à quelques détails près. Notre regard se rive sur le travail de la brillance du métal des coupes. Tellement brillant qu’on perçoit dans les bosselures de la coupe de droite le reflet de Peeters. La peintre déploie son talent et glisse en guise de signature des mini-autoportraits. Chapeau l’artiste !
Q comme Françoise Quardon (1961 – …)
Une artiste française inclassable ! Formée à l’école des Beaux-Arts du Mans, Françoise Quardon s’est forgé une patte artistique unique s’apparentant au baroque contemporain, mêlant bricolage et récupération. Caractérisées par un certain iconoclasme ironique, les œuvres de la plasticienne flirtent avec les arts décoratifs et la littérature, aussi bien celle enfantine que celle académique.
Une œuvre à retenir ? Joie (2010).Cette grande tapisserie de près de 3 mètres de long a été réalisée dans le cadre d’une commande publique. Quardon fait référence ici à la légende de la commune de Guéret en Nouvelle-Aquitaine, et plus particulièrement à l’histoire du moine Pardulphe, reconnu au VIIᵉ siècle pour ses pouvoirs miraculeux. L’artiste propose ainsi un joyeux remue-ménage poétique peuplé d’êtres hybrides, dont les couleurs et les motifs correspondent à l’intérieur de la préfecture de Guéret, où la tapisserie est installée.
R comme Rosa Bonheur (1822 – 1899)
Pionnière de la peinture animalière mais aussi icône féministe avant l’heure, Rosa Bonheur est une figure de l’histoire française bien particulière. Formée à la peinture par son père à l’âge de 13 ans, l’artiste excelle et rêve très vite d’indépendance. Ses peintures, présentées au salon dès ses 19 ans, vont fonder sa réputation, son aura et vont surtout amener une reconnaissance de l’art animalier comme un genre noble. Victor Hugo, Buffalo Bill, Napoléon III… Rosa Bonheur connaît un succès international, qui lui permettra en 1860 de faire l’acquisition du château de By, où elle vivra entourée d’animaux jusqu’à sa mort. Première femme artiste décorée de la Légion d’honneur, Bonheur était une personnalité libre et admirable, à la success story captivante.

Une œuvre à retenir ? Dans le bestiaire de Rosa Bonheur, je voudrais El Cid (1879). Majestueux, le regard fixe, brushing impeccable… Rosa Bonheur peint ici le roi de la savane à merveille. Un vrai portrait ultra-réaliste au cadrage resserré, comme un artiste ferait pour un modèle humain. Affirmant que les animaux ont tous une âme, Bonheur se concentre notamment sur l’intensité du regard de l’animal. Si l’œuvre paraît aussi vraie que nature, c’est parce qu’elle a travaillé l’œuvre… d’après nature ! La ménagerie de sa résidence du château de By abritait en effet des lions.

Vous souhaitez en savoir plus sur l’artiste, sa démarche et ses œuvres ?
S comme Sonia Delaunay (1885 – 1979)
Illustre plasticienne et designer d’origine ukrainienne, Sonia Delaunay est une actrice marquante de l’abstraction au début du XXᵉ siècle. Après avoir été formée à la peinture en Allemagne, Sonia pose ses valises à Paris en 1905 et rencontre 5 ans plus tard Robert Delaunay. Coup de foudre amoureux… Mais coup de foudre artistique aussi ! Les deux tourtereaux se nourrissent chacun dans leurs pratiques et recherches plastiques et vont même fonder à eux deux l’orphisme. Un mouvement pictural basé sur la représentation de notre réaction visuelle face à la lumière, notamment celle du soleil et ses strates chromatiques. Sonia Delaunay s’est illustrée également dans les arts appliqués, en tant que décoratrice d’intérieur et styliste. Rien que ça !
Une œuvre à retenir ? Prismes électriques (1914), ou comment représenter l’énergie lumineuse de Paris. Delaunay réalise ici une composition dynamique et vibrante. Elle applique notamment la loi du contraste simultané, en créant des formes circulaires en disques éclatés. On distingue dans la toile des silhouettes et des points lumineux précis. L’artiste capture en effet les passages du boulevard Saint-Michel et reproduit les effets d’optique produits par les lampadaires parisiens. Elle rend également hommage à son ami le poète Blaise Cendrars, à qui elle glisse une dédicace dans l’œuvre.
T comme Tamara de Lempicka (1894 – 1980)
Alors en voyage avec sa mère en Italie, la jeune Tamara de Lempicka se trouve une vocation pour l’art quand elle découvre les peintres maniéristes. Inspirée par leur touche personnelle, parfois maladroite, puis plus tard, à la fin des années 1910, initiée au cubisme auprès de grands peintres français à Paris, Tamara de Lempicka va se forger une grammaire inscrite dans le goût pour l’art déco. L’artiste se démarque et propose un regard non plus fantasmé mais ambitieux, opposé à celui des artistes masculins, sur la gent féminine et se fait connaître dans le milieu mondain parisien grâce à son style, mais pas seulement. Femme libre, de Lempicka incarne l’archétype parfait de la femme moderne et indépendante des années folles.

Une œuvre à retenir ? Tamara en Bugatti verte (1929) : en voiture, Simone ! Réalisé pour la couverture d’un magazine de mode allemand, cet autoportrait est une preuve précieuse de l’émancipation féminine pendant la période de l’entre-deux-guerres. Fréquentant la haute société, il n’est pas anodin pour de Lempicka de se représenter au volant d’une voiture. On soulignera également la gamme de couleur saturée, le rendu chromé des volumes, les contrastes lumineux tranchés ainsi que la composition très focalisée qu’elle utilise. Admirez le modelé facetté et ultra-géométrique de l’œuvre, typique du style art déco.

Vous souhaitez en savoir plus sur ce courant, ses principes et ses artistes ?
U comme Isabelle Collin Dufresne, dite Ultra Violet (1935 – 2014)
Originaire de Grenoble, Ultra Violet grandit dans un cadre familial haut-bourgeois, strict et chrétien. En 1951, elle se révolte et quitte la France, direction New York, pour y rejoindre sa sœur. Muse et élève d’un certain Salvador Dali, Ultra Violet s’intègre naturellement dans le milieu de l’art américain. Elle fait notamment la rencontre d’Andy Warhol et devient son égérie. Elle intègre la fameuse clique des « superstars » de Warhol et participe à la fondation de la Factory. Quant à sa pratique artistique, Ultra Violet marque les esprits en jouant dans les films expérimentaux de Warhol et développe, de son côté, une œuvre ésotérique, majoritairement centrée autour du néon, marquée par son héritage religieux.
Une œuvre à retenir ? The Last Supper (1972). Vous reconnaissez forcément cette composition ! Ultra Violet réactualise ici l’une des œuvres les plus connues de l’histoire de l’art : La Cène (1495-1498) de Léonard de Vinci. Dans cette performance filmée, l’artiste détourne un monument de la culture visuelle, en incarnant le personnage de Jésus entouré d’apôtres, tous joués par des femmes également. Une pièce féministe au ton humoristique, preuve de la relation ambigüe qu’entretenait l’artiste avec la spiritualité. L’œuvre rappelle certaines théories connues de l’histoire de l’art affirmant l’incertitude du genre de Saint-Jean, représenté à la droite du Christ sur l’œuvre…

Vous souhaitez en savoir plus sur le genre de la copie ?
V comme Suzanne Valadon (1865 – 1936)
De muse à artiste, il n’y a qu’un pas ! Alors modèle pour certains illustres maîtres de la fin du XIXᵉ siècle, la jeune Marie-Clémentine, surnommée Suzanne par Toulouse-Lautrec, va recevoir un apprentissage artistique bien particulier. Valadon dessine depuis ses 18 ans et va forger sa patte au contact des artistes pour lesquels elle pose. Résulte de cette formation officieuse, en autodidacte, une touche personnelle très reconnaissable mais aussi une attention particulière portée par l’artiste aux sujets féminins. Figure artistique indépendante, Valadon reste dans les esprits comme une muse et artiste majeure, et laisse derrière elle pléthore de nus criant de vérité.

Une œuvre à retenir ? La chambre bleue (1923), ou l’odalisque contemporaine.Sûrement l’œuvre la plus connue de Valadon, elle résume en effet à merveille sa démarche artistique. La position et la tenue décontractées du modèle, sa cigarette à la bouche, ses livres à ses pieds, le regard ailleurs… Valadon nous éloigne ici délibérément du male gaze et des idéaux de beauté académiques, et propose une vision pragmatique, crue mais juste, de la femme des années 1920.

Vous souhaitez en savoir plus sur l’artiste, sa démarche et ses œuvres ?
W comme Wanda Wulz (1903 – 1984)
Double je ! Photographe géniale, italienne, Wanda Wulz a mené une double carrière fascinante. Elle reprend en 1921 l’affaire familiale et photographie des portraits de bourgeois et aristocrates. Mais en parallèle de son activité professionnelle, elle développe un style inscrit dans la veine du surréalisme et du futurisme, auquel elle adhère en 1931. Les images de l’artiste sont d’une grande virtuosité technique, mais sont aussi saisissantes tant elles sont fascinantes et parfois étranges. Wulz a participé à faire de la photographie un médium expérimental, en affirmant sa valeur artistique.
Une œuvre à retenir ? Io + gatto (1936), un portrait qui a du chat ! En utilisant une technique précise (et compliquée) de superposition photographique, Wulz réalise en 1936 l’une des œuvres surréalistes les plus connues du XXᵉ siècle. Le visage du félin se fond parfaitement avec celui de l’artiste, créant ainsi une créature troublante et fascinante. Un être mi-femme, mi-chat, digne de la mythologie antique ou de la poésie surréaliste. Wanda ! Libérez les fauves !
X comme Xaviera Simmons (1974 – …)
Artiste contemporaine polymorphe, Xaviera Simmons a développé une patte créative transmédiatique. Photographies, performances, installations, sculptures, vidéos… Simmons est une vraie touche-à-tout qui refuse de rentrer dans les conventions. En constante rotation, elle examine et travaille différents médiums comme bon lui semble et peut consacrer un temps précis chaque année à un médium en particulier. Son travail engagé se caractérise par un questionnement autour de la mémoire et de l’histoire.
Une œuvre à retenir ? One Day and Back Then (standing) (2007). Simmons aborde un pan sombre de l’histoire culturelle américaine : la pratique du blackface. Une forme de jeu et de maquillage théâtral, controversée et raciste, où un acteur blanc se grimait et jouait une caricature stéréotypée des personnes noires. Si l’image paraît déstabilisante, avec ce protagoniste nous fixant debout au beau milieu d’un champ, c’est bien là le souhait de l’artiste qui cherche à questionner l’observateur. Simmons, dans cette image, nous parle de responsabilité collective, et met l’accent sur le traitement de la communauté afro-américaine dans l’histoire des États-Unis.
Y comme Yayoi Kusama (1929 – …)
Des p’tits pois, des p’tits pois, encore des p’tits pois ! Une coupe de cheveux au carré rouge vif, des tenues bariolées à pois… Pas de doute, on parle bien de la plasticienne japonaise Yayoi Kusama. Cette artiste inclassable a développé, de la seconde moitié du XXᵉ siècle jusqu’à aujourd’hui, une œuvre thérapeutique et audacieuse. Diagnostiquée d’une névrose compulsive à l’âge adulte, Yayoi dessine sans cesse, depuis l’enfance ! Jeune, Kusama est prise régulièrement d’hallucinations et voit des pois apparaître absolument partout, et craint même d’être engloutie par les fleurs des champs à côté de chez elle. Ses convictions, ses peurs et traumatismes d’enfance, comme la sexualité ou bien ses hallucinations, Kusama les traduit et se les réapproprie en catharsis dans des pièces sculptées, peintes ou même immersives. L’un de ses thèmes de prédilection ? La perte d’individualité dans un monde (beaucoup) trop grand.
Une œuvre à retenir ? Pumpkin (1994). Fruit (ou plutôt légume) des hallucinations de Kusama, ces fameuses citrouilles font également une autre référence à son enfance. Fille de commerçants de semences, l’artiste a grandi près d’un champ de citrouilles et se prend de fascination notamment pour une variété japonaise particulière, celle des Kabocha. Cette version de 2 mètres de haut trône fièrement depuis plus de 20 ans sur une cale de l’île de Naoshima au Japon. Les citrouilles à pois de Kusama, qu’elles soient peintes ou en volume, ont fait la renommée de cette immense artiste – tout comme les soupes Campbell de Warhol, à titre de comparaison.
Z comme Zaha Hadid (1950 – 2016)
Surnommée parfois la reine de la courbe, Zaha Hadid fait partie des architectes les plus admirés du XXIᵉ siècle. Originaire de Bagdad, elle étudie l’architecture à Londres dans les années 1970. Influencée par l’art suprématiste russe, notamment l’œuvre de Kasimir Malevitch, elle puise dans ce mouvement et adopte une approche audacieuse et libre du dessin d’architecture. Hadid pense notamment que les arts plastiques et appliqués sont totalement liés. Innovante, elle introduit dans les années 1980 le langage de la peinture dans ses conceptions : le mouvement, l’abstraction et la fragmentation notamment. Si ses premières créations jouent avec des formes géométriques très tranchées, elle reste dans les esprits pour ses bâtiments extravagants plus tardifs, très courbés et aériens. L’architecte aura marqué son domaine en se construisant un style non conventionnel, tout en distorsion et flottement, à la limite entre la fantaisie et la réalité.
Une œuvre à retenir ? Centre Heydar Aliyev à Bakou (2007). Ce n’est pas un ovni, croyez-nous ! L’architecture de ce centre culturel rassemble les grands principes esthétiques fondamentaux d’Hadid. Celle qui fait la guerre aux angles droits réalise ici un éloge de la courbe. Elle y fait aussi une référence à la nature, le bâtiment rappelant la forme d’un nautile. Une œuvre d’architecture en contraste avec les bâtiments publics de l’époque soviétique à Bakou, marquant un passage net pour la ville vers une ère moderne.

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